Sous la surface, une œuvre d'art

 Plongée sur la Côte Bleue.

Ça peut sembler banal. Et puis…

La Mer offre un bijou

Ce matin-là, le mistral rendait son ciel à la Provence.

Du vent, des embruns, un air glacé qui repousse le printemps…
Il fallait choisir un site abrité.

Au loin, la Bonne Mère veille

Sur le bateau, uniquement des plongeurs autonomes, et quelques formations N3.
L’idée s’est imposée peu à peu : et si on tentait la Pierre à Salon ?


La Pierre à Salon n’est pas un site que l’on fait souvent.

Posée un peu au large, sur la Côte Bleue, elle se mérite.
Il faut les bonnes conditions, et des plongeurs capables d’en profiter.

Ici, pas de mouillage confortable.
Le bateau nous larguera sur la pierre, puis ira s’abriter dans l'anse du Frapaou.

À nous de plonger… et de savoir rentrer.


Comme l’a expliqué Christophe lors du briefing, la Pierre à Salon ressemble à une petite Élevine posée sur le sable.
Une image simple, mais qui parle immédiatement.

Aujourd’hui, nous en explorerons le versant Sud-Ouest.


On largue le bobineau à l'aplomb du site.
La bouée marque l'endroit.

On s’équipe rapidement. Le bateau dérive, poussé par le mistral.
Le pilote nous ramène sur la bouée.

Deux palanquées.
Quatre plongeurs.

Au-dessus, le ciel est éclatant.
La lumière est dure, presque tranchante.

On bascule ensemble, et l’on se regroupe autour de la bouée.

Un regard.
Un signe.

Et l’on descend.

Et en quelques mètres, tout change.

Le bleu disparaît.

L’eau se charge, s’épaissit.

Le vert prend toute la place.

Un vert sombre, dense, silencieux.

À 14 degrés, le printemps reste en surface.

La descente se fait à l’aveugle.

Aucun repère vers le fond.
Juste le fil du bobineau, que l’on garde en visuel.

On s’observe.
On scrute.

Et puis, soudain…

La masse apparaît.

La pierre est là.
Déjà couverte de vie.

On se rapproche.
On prend nos repères.

Un regard.
Un signe.

Et l’on part plein sud.

À la vitesse d’un photographe...


La vie est partout.

Accrochée à la roche, suspendue dans le vide, tapie dans les anfractuosités.

Le coralligène s’impose. Dense. Coloré.

Les gorgones jaunes se dressent, ondulant lentement, offertes au courant.
Du corail rouge, d
es anthias, rapides, insaisissables.

Une sabelle déploie sa couronne fragile, au moindre courant.

Un instant suspendu.


Et puis parfois… on s’arrête sur un organisme étrange.

Une forme. Une texture.

Quelque chose qui intrigue.

Impossible de dire ce que c’est, sur le moment.

Alors on déclenche.

Le 'Kécecé' du jour ...

Les gorgones sont partout.

Jaunes surtout. Innombrables.

On n’y prête presque plus attention.
Communes. Bien visibles.

On en croise même sans descendre très profond.
Alors on passe.

Et pourtant…

Chacune est un monde.

Un village accroché à la roche.

Une architecture fragile, traversée par le courant.

Et, parfois… quelque chose d’autre.


Celui-ci, je ne l’avais pas vu.

Il était là.

Sous mes yeux.

Et pourtant… invisible.

C’est en regardant la vidéo, plus tard, que je l’ai découvert.

Comme si la plongée continuait après coup.

J’étais passé à côté.

Sans le voir.


On continue la plongée, en remontant doucement vers le sommet de la roche.

Et là…

La mer nous offre une nouvelle chance.


On croit voir deux petits arbres, échappés d'un dessin d'enfant.

Deux arbres en miniature, posés là, au sommet d’une gorgone.

Leurs branches s’élèvent, se divisent, s’affinent encore.

Une architecture fragile, presque végétale.


Mais ce ne sont pas des arbres.

Ce sont des animaux.

De la famille des ophiures.

Des gorgonocéphales.

De près, l’illusion disparaît.

Ce n’est plus un arbre.
C’est une illusion vivante.

Il faut être délicat, car ces animaux sciaphiles se replient en présence de lumière.

Un disque central, presque immobile.

Et autour…

des bras qui se déploient, se divisent, se ramifient encore et encore, jusqu’à devenir presque invisibles.

Chaque branche se divise en deux, puis encore en deux et puis encore. Et chaque bras s’enroule et se déroule, profitant du courant.


Le gorgonocéphale ne chasse pas.

Il attend.

Suspendu au sommet de sa gorgone, il déploie ses filets vivants.

Et la mer fait le reste.

On ne sait plus vraiment ce que l’on regarde.

Une forme ?
Un être ?

Ou simplement un fragment du vivant, trop complexe pour être compris d’un seul regard.


Et ce qui trouble encore davantage…
c’est que même les biologistes doutent.

On ne sait pas tout.

Loin de là : 

https://doris.ffessm.fr/Especes/Astrospartus-mediterraneus-Gorgonocephale-de-Mediterranee-274


Et puis il faut rentrer.

Quitter cet univers extraterrestre, remonter doucement vers le monde des humains.

Une dernière gorgone attire le regard.

Pourpre…
aux extrémités jaunes, flamboyantes.


Caméléon.

Je tente une photo.

Elle n’est pas à la hauteur.

Peu importe. L’important, là, n’est pas de réussir, mais simplement de laisser l'émerveillement diffuser.


Dans la anse, la lumière revient peu à peu.

Et avec elle… une silhouette familière.


Une murène, en pleine eau.

Elle nous fuit. Ici parfois rôdent des chasseurs sous-marins, avides de trophées.

Dernière rencontre.
Dernier regard.


Et puis la surface.

Le ciel bleu.
Le vent.

Et le bateau.


Céline nous attend.

Vigilante, essentielle.

Un regard, un sourire, un thé chaud…
et ce gâteau au chocolat dont elle a le secret.

On grelotte.

Mais à l’intérieur…

tout est calme.

tout est plein.

Et déjà…
L'irrésistible envie de revenir.

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