Retour aux jardins
Le goût naturel des choses simples
Il y a des plongées que l'on prépare pendant des semaines.
On imagine les sites.
La lumière.
Les parcours.
On descend chercher des souvenirs trop planifiés.
Et puis il y a celles qui commencent simplement.
Un rendez-vous sur un parking.
Un bloc sur le dos.
Quelques amis.
Une mise à l'eau tranquille.
Un vivant libre et imprévisible.
Les Jardins de Sausset offrent ce bonheur.
Quelques rochers baignés de lumière.
Des anfractuosités.
Des anémones encroûtantes qui tapissent discrètement la pierre.
On pourrait passer devant elles sans jamais les remarquer.
Ou s'arrêter, une fois encore, pour les photographier. Comme la première fois.
Elles sont là.
Elles étaient là hier.
Elles seront encore là demain.
Nous ne faisons que passer.
Un peu plus loin, la roche semble vide.
Ou presque.
Un œil.
Puis une tête.
Puis toute une rascasse.
Elle était là depuis le début.
Et puis le regard glisse sur la roche.
Rien.
Ou presque.
Une forme apparaît.
Puis un œil.
Puis un poulpe.
Le décor n'est pas vide.
Il est habité.
La rencontre ne dure que quelques secondes.
Le temps de deux intelligences qui s'observent.
Le temps de comprendre que l'autre est bien là.
Puis le silence revient.
Le poulpe restera.
Les visiteurs poursuivront leur route.
Les plus belles rencontres ne demandent rien.
Elles laissent simplement chacun libre de reprendre son chemin.
Une cavité attire bientôt le regard.
Le faisceau du phare s'y glisse quelques secondes.
Une petite crevette cavernicole jaune apparaît.
Autour d'elle, quelques apogons semblent flotter hors du temps.
Tout était déjà en place.
Comme si cette scène existait depuis toujours.
Le faisceau a révélé le caché. Il poursuit son chemin.
La pénombre revient.
La crevette, elle, n'a pas bougé.
À l'entrée d'une faille, une murène laisse dépasser sa tête.
Elle ne menace pas.
Elle regarde.
Le regard s'attarde sur ses yeux, sur ses mâchoires entrouvertes.
Puis il glisse un peu plus loin.
Dans le prolongement du faisceau, une petite crevette nettoyeuse attend, presque en retrait.
Elle aussi était là depuis le début.
Depuis des milliers d'années, chacune trouve auprès de l'autre ce dont elle a besoin.
Le même refuge.
La même confiance.
Aucune ne demande à l'autre de devenir ce qu'elle n'est pas.
Une doris tricolore poursuit son chemin.
Le regard s'arrête.
Elle non.
Elle continue d'avancer.
À son rythme.
Et là, une touche colorée attire le regard.
Une Felimida luteorosea progresse lentement au milieu des algues.
Quelques taches jaunes sur une robe mauve.
L'élégance n'a décidément pas besoin d'être immense pour être remarquée.
Et puis quelques photographies plus tard, le regard revient vers la même scène.
Un peu plus haut.
Une autre silhouette.
Plus discrète.
Une petite doris de Fontandrau.
Le jardin n'avait pas changé.
Le regard, lui, continuait simplement sa promenade.
Pour revenir, la traversée du sable semblait n'être qu'un passage.
Le regard cherchait déjà les prochains rochers.
Les prochains détails.
Les rombous tapis dans le sable.
Les prochains habitants du jardin.
Mais le dernier cadeau n'attendait ni dans une faille, ni sur une gorgone.
Il était au-dessus.
Une silhouette noire ondulait doucement dans le bleu.
Quelques centimètres de velours vivant.
Un fin liseré orangé.
Pseudobiceros splendidus.
Le jardin venait une dernière fois de déjouer les habitudes.
Il suffisait simplement de lever les yeux.
https://youtu.be/bNw5YKyfyQE
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