Le ponton de la Bordelaise

L'étang de Thau, une plongée atypique.

Pour rejoindre le ponton de la Bordelaise, il faut d'abord oser quitter la route goudronnée.
Ce n'est pas du hors piste, mais c'est déjà quitter un peu le connu.

Une piste de terre un peu chaotique longe le canal du Rhône à Sète.
Quelques centaines de mètres plus loin apparaît un petit phare rouge et blanc, posé au bord de l'eau comme un repère tranquille.

Quelques voitures sont déjà garées.

Des plongeurs s'équipent.

Les conversations se croisent.

« La visibilité n'est pas terrible aujourd'hui... »

« Inutile d'aller trop au large. »

« Les hippocampes sont parfois dans les zostères... »

« Il y a deux épaves de voiliers... »

Chacun termine son équipement pendant que les derniers détails du briefing circulent d'un groupe à l'autre.

Ici, rien ne cherche à attirer le regard.

Et c'est peut-être justement ce qui fait le charme du lieu.


La mise à l'eau est aussi tranquille que le paysage.

Quelques marches au pied du phare.

Une eau étonnamment chaude.

Un fond à un mètre, puis deux, trois, parfois.

Guère davantage.

Ici, on ne vient pas chercher la profondeur.

On vient ralentir.

Inutile de surveiller son ordinateur de plongée.

Le regard peut enfin oublier les chiffres.

Il cherche autre chose.

Des herbiers de zostères.

Des acétabulaires.

Quelques éponges.

Des ascidies.

Des spirographes.


Une vie discrète.

Presque silencieuse.


L'hippocampe se fait attendre.

Tant mieux.

Sans lui, le regard continue de se promener.

Et il découvre des choses qu'il aurait peut-être laissées de côté.


Dissimulées dans la zostère, de grandes coquilles dressent encore leurs silhouettes dans l'eau verte.

Des nacres.

Longtemps communes en Méditerranée, elles ont presque disparu sous l'effet d'un parasite.

L'étang de Thau est aujourd'hui l'un de leurs derniers refuges.

Elles ne sont ni spectaculaires, ni démonstratives.

Simplement vivantes.

Et cela suffit à les rendre précieuses.


Des nudibranches discrets


Qu'il reste à identifier


Puis le regard s'arrête.

Pas sur un hippocampe.

Sur une silhouette massive, aux mouvements lents.

Un lièvre de mer.

Puis un autre.

Massif.

Sombre.

Presque pataud.

Ils broutent tranquillement les algues qui recouvrent le fond.

 

Nous étions venus chercher une espèce emblématique de l'étang.

L'étang nous en proposait une autre.

En prenant le temps de les observer, de s'approcher doucement, les détails apparaissaient peu à peu.

Les replis du manteau.

Les rhinophores dressés.

Les fines nervures qui parcourent toute la peau.

 

À la fin de la plongée, nous n'aurons pas vu d'hippocampe.

Et pourtant, personne ne remontait déçu.

Les nacres étaient là.

Les spirographes aussi.

Les ascidies.

Les lièvres de mer.

Toute une vie que nous n'étions pas venus chercher.

Nous avions un projet.

Mais l'étang, lui, n'a rien à prouver.

Il ne nous a pas donné ce que nous imaginions.

Il nous a offert ce qu'il était.

C'est peut-être cela, le charme de Thau.

On ne lui demande pas d'être les Moyades.

On ne lui reproche pas de ne pas être la Méditerranée.

On apprend simplement à regarder ce qu'il offre.

Et lorsqu'on accepte cette idée, la plongée cesse d'être la recherche d'une déception.

Elle redevient une rencontre.


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